Eveille-toi d'abord par toi-même, ensuite, cherche un maître !

(Dicton Chan)

 

Nul besoin de mourir,

et de renaître,

pour vivre plusieurs vies,

plusieurs karmas.

Une seule existence suffit,

pour revivre à l'infini,

nos existences passées.

*

Né berserker,

j'ai tenté d'exorciser ma Colère,

que je prenais pour Dragon,

dans la confusion,

de mon cœur d'enfant,

en devenant tour à tour,

philosophe,

prêtre catholique,

et ermite mystique.

J'ai ouvert ces portes,

parmi les 84 000,

que dit-on,

le Dharma possède,

sans grand succès,

pour moi je le confesse.

*

Alchimiste,

j'ai passé moult années,

à la recherche de la Pierre,

de l'élixir d'immortalité,

usant mes yeux,

sur des grimoires anciens,

empoisonnant mon souffle,

dans les émanations toxiques,

du mercure et du plomb.

Cette porte était bien hermétique !

A cette époque du moins.

*

J'ai parcouru maints contrées,

à dos de Dragon,

brandissant ma Colère,

comme Excalibur,

à la recherche du Graal.

Chevalier errant,

puis croisé,

sans plus de monture,

l'armure rouillée,

l'épée ébréchée,

dans un monde,

aujourd'hui pour moi,

sans magie,

et sans Dieu.

 *

Samouraï, puis rônin,

d'innombrables fois,

comme les vagues de la mer,

ai-je été tué,

par la recherche d'une pureté,

à l'esthétique morbide,

pour affûter mon katana,

dans l'art de se tuer,

encore et encore,

sans jamais y parvenir,

du moins totalement.

*

J'ai lu les maîtres du Tao,

Laozi et Zhuangzi.

Enfin ! J'ai vu la voie !

Et c'est vraiment bien Vide.

Mais il y avait Dragon,

sur le Mont Meru,

que faisait-il donc là ?

Encore une porte,

mais pas la mienne,

pas tout à fait encore.

 

J'ai tatoué,

sur mon torse nu,

au côté gauche,

le Chemin indiqué,

pour que chaque matin,

et que chaque soir,

je ne puisse l'oublier :

 

Dragon,

aux 4 couleurs de l'alchimie,

noir, blanc, jaune et rouge,

tiens donc !

Encerclant,

dans un 8 infini,

en bas :

nqm

en hébreu,

minuscule caroline,

en haut :

ťĀď

idéogramme chinois du Tao.

 

Des formules latines,

tout autour, disaient,

comme 4 étapes :

"VISITA INTERIORA TERRAE,

RECTIFICANDO OCCULTUM LAPIDEM,

INVENIES TE IPSUM,

ECCE HOMO".

 

Dragon,

s'extirpant par la droite,

entre Charybde et Scylla,

de son 8 infini,

sortait des flammes,

qui traçaient

◊ź÷ł◊ď÷ł◊Ě,

en caractères hébreux,

tout près du cœur.

 

Tout cela est bien compliqué,

quand on y PENSE !

Mais ce qu'il faut,

c'est juste FAIRE !

*

J'ai repris femme et enfants,

avec l'amour incondition-elle,

de ma vraie moitié.

Je connais désormais,

grâce à eux,

les joies et les peines,

d'être un mari, un père,

goûtant enfin les fruits,

d'une Terre,

que je croyais ordinaire.

 

Si Dieu existe,

il est Amour, ça,

je veux bien le croire.

*

W«Ēxiá d'une époque révolue,

mon épée s'est enfin brisée,

comme ma Colère,

après mille combats,

contre tigres et dragons.

L'armure de Berserk,

adossée au mur,

me regarde, placide,

dans un coin du salon.

*

J'ai pratiqué le Zen,

pas comme il faut,

fixant stupidement ce doigt,

qui pourtant m'indiquait la lune,

polissant la tuile,

tuant Bouddha,

les jambes croisées,

le dos bien droit,

la langue contre le palais,

comme un arbre desséché,

me lapidant moi-même,

Ego,

à coups de pierre,

comme à un chien galeux,

face à un mur.

*

Et finalement,

j'ai rencontré le Tch'an,

le seul, l'unique,

le sans contrefaçon,

celui de Hong-tcheou,

Mazu, Houang-po, Lin-Tsi.

 

Puis à tous propos,

auprès du vieux Tcheng,

et chez Nan Shan le jardinier,

recueilli dans la colline du sud,

puis au sud des nuages.

 

Et ensuite,

dans les volutes de l'encens,

la lumière d'une bougie,

le son d'un bol tibétain,

le goût du thé,

la danse des bambous.

 

Et soudainement,

par une silencieuse coïncidence,

dans tous les phénomènes,

de la réalité,

encore illusoire,

je peux le jurer,

il y a 5 minutes encore.

C'est comme si,

l'univers,

tout entier bascula,

et s'ouvrit.

*

J'ai pris la porte,

la numéro 47 892,

pour être précis.

Et je l'ai franchie,

un quatre matin,

je m'en souviens,

trop bien !

*

Dragon,

Kurikara Myoo,

de son vrai nom,

comme il me l'apprit,

derrière la porte,

me fixe,

immuable,

à moins que ça soit moi,

dans le bruit du travail,

l'odeur du marché,

la vue des gens,

la danse des pensées,

et le goût de l'alcool.

*

Je suis individuum,

partout sur la voie,

moi Ego, chien fidèle,

où que j'aille,

quoique je fasse,

assis, debout,

ou en marchant,

que je sois éveillé,

ou endormi.

*

Que je meurs,

que je renaisse,

que j'existe ou pas,

que j'ai la nature de bouddha,

peu me chaut dorénavant,

car par delà la dualité,

nulle question,

ne fut jamais posée.

Et que dire de plus,

si ce n'est …

 

Quelle merveille !

*

Et dans cet ultime aboiement,

cette dernière cabriole,

Ego disparut,

abandonnant son panier,

délaissant sa pâtée,

son bol d'eau claire,

sa médaille toute chromée,

sa laisse et son collier,

et nul ne le vit plus.